Gros plan sur la micromosaïque

Héritière de la mosaïque, elle est l’art de la minutie

Tout d’abord grande, puis micro, la technique de la mosaïque est présente dans de multiples cultures depuis plus de 6000 ans, avec des ramifications sur les quatre continents. Les premières mosaïques voient le jour en Mésopotamie au 4e millénaire avant notre ère; elles sont alors constituées d’un simple assemblage de galets de pierre, choisis pour leur forme et leur teinte. La juxtaposition d’éléments naturels pour créer des motifs s’est tout naturellement imposée comme l’une des premières formes d’expression artistique. Avec le temps, les méthodes se sont affinées, diversifiées: les Sumériens introduisent l’utilisation de la terre cuite rouge, blanche ou noire, puis les Grecs celle des pierres ornementales et du verre. Le nuancier s’étend et le fini s’aplanit, permettant un raffinement toujours plus grand.

À l’époque romaine, la mosaïque est présente dans tout le bassin méditerranéen et orne sols, murs et plafonds de la plupart des palais, des temples et des villas particulières: marbre, pâte de verre et coquillages en sont les principaux ingrédients. De Byzance au monde musulman, elle atteint son développement ultime et se mue en enveloppe recouvrant l’entier de certains édifices, un habit de lumières et de couleurs inaltérables, comme une seconde peau, constitué de millions d’éléments patiemment accolés. Le pouvoir de fascination de cet antique héritage n’a jamais cessé d’alimenter la créativité, comme en témoignent des œuvres architecturales d’Antonio Gaudì ou des fresques de Marc Chagall au XXe siècle.

La micromosaïque de verre et l’école romaine

Héritière de cette tradition millénaire, la technique de la micromosaïque de verre est née en Italie au XVIIIe siècle, autour des villes de Rome et de Venise. À Florence, l’on utilise plutôt des pierres dures ou ornementales (pietra dura) pour ces compositions.

Les thèmes les plus courus sont, outre les animaux et les fleurs, les paysages italiens et vues de villes du Grand Tour: ruines antiques et monuments (le Colisée, la basilique Saint-Pierre, etc.) ornent délicatement bijoux et objets de vitrine ou de collection, objets souvenir, bonbonnières, tabatières…

Mosaïque des colombes, IIe siècle (ou antérieure ?), provenant de la Ville d’Hadrien à Tivoli, 85 x 98 cm ©musée du Capitole, Rome, inv. MC0402

L’un des sujets les plus répandus s’inspire directement d’une œuvre de même nature mais de plus grand format, la Mosaïque des colombes, conservée au musée du Capitole à Rome. Elle a été découverte lors des fouilles des ruines de la Villa d’Hadrien à Tivoli en 1737. Pline l’Ancien (23-79), dans son Histoire naturelle, cite une mosaïque aux colombes exécutée par le célèbre Sosos de Pergame au IIe siècle avant JC: celle d’Hadrien en serait une copie pour certains, l’original pour d’autres… Précisons qu’il en existe aussi une version pompéienne datant du 1er siècle.

La petitesse et la régularité des tesselles est l’une des signatures reconnaissables des œuvres produites dans la capitale. La mise à niveau s’opère en fin de travail par ponçage et polissage, puis la surface est cirée afin de fondre au maximum les interstices et de glacer l’ensemble. Les pièces de Venise sont plus brutes et leur surface n’est pas abrasée: les irrégularités de hauteur et de format offrent des rendus plus vibrants mais dont la qualité de facture n’est pas comparable à celle développée à Rome.

Dans les collections du MAH, quatre micromosaïques portent cette iconographie: trois broches (inv. CR 30/d; BJ 319; AD 9530) et une épingle de foulard (inv. BJ 473) ©MAH

La micromosaïque

Dès les années 1770, Cesare Aguatti et Giacomo Raffaelli (1753-1836), deux «peintres en mosaïque» de la Fabrique vaticane, s’essayent à miniaturiser leurs sujets en réduisant au maximum les dimensions des tesselles: le mosaico minuto ou mosaico romano est né.

En 1820, Rome compte une vingtaine d’ateliers occupés à la production de ces petits souvenirs illustrés qui ravissent l’aristocratie européenne, venue découvrir les splendeurs de la péninsule. À l’instar des vedute émaillées, les micromosaïques sont très prisées pour leurs couleurs, leur minutie et leur parfum d’antiquité.

Tabatière, Emblème du ménage Saladin. École romaine, 1er quart XIXe s.
Or jaune guilloché, émail champlevé, micromosaïque de verres de couleurs, 
L. 9; Pr. 4,85; Ép. 1,85 cm ©MAH, inv. 5711

Jusque dans les années 1850, la micromosaïque éblouit les amateurs mais, comme bien d’autres formes d’art, est mise à mal par l’invention de la photographie… Mais elle n’a pas dit son dernier mot: ces dernières années, l’on constate un regain d’intérêt dans le milieu de l’horlogerie.

Ornements pour bijoux (non montés). École romaine, vers 1840.
Micromosaïques de verres de couleurs, sur fonds de verre noir, L. env. 5 cm chacun
©MAH, inv. C 735 et V 65

Un peu de technique

Les œuvres sont constituées de minuscules morceaux de verre accolés les uns aux autres et nommés smalti filati (traduction littérale «émaux filés»). Leur composition varie d’un atelier à l’autre, oscillant entre celles du verre, avec une teneur variable en plomb, celle de l’émail ou encore de la pâte de verre. La masse vitreuse (à base de silice et de fondant) est colorée à l’aide d’oxydes métalliques puis étirée à chaud de manière à obtenir de longues tiges ou baguettes, dont certaines n’ont pas plus de 0,5 mm de diamètre.

Broche. École romaine, milieu XIXe s.
Filigrane d’or jaune, micromosaïque de verres de couleurs, sur fond de verre bleu,
H. 2,15 ; l.. 2,35 ; Ép. 0,85 cm ©MAH, inv. CR 30/c

La gamme chromatique est infinie et permet tous les mélanges, fondus en dégradé ou teintes concentriques. Les baguettes sont ensuite sectionnées en touts petits tronçons qui seront déposés à la pincette les uns à côté des autres sur une surface encollée, dont la nature exacte est enveloppée de mystère. La valeur d’un tel travail se mesure au nombre de tesselles et à la régularité de leur pose: plus elles sont nombreuses, plus l’objet est reconnu comme étant de grande qualité.

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