Genève, visions et horizons

La Maison Tavel célèbre le paysage genevois

La Maison Tavel salue l’arrivée de l’été avec un petit accrochage réunissant une douzaine d’artistes ayant pris Genève et ses paysages pour modèle. Les collections des MAH regorgent d’exemples variés, des panoramas historiques aux portraits de nature en passant par des vues touristiques, signés de peintres tels Jean-Philippe George, François-Adolphe Grison ou Frédéric-Auguste Dufaux. Les visiteurs familiers de la région prendront ainsi plaisir à reconnaître les sommets des environs comme le Mont-Blanc ou le Salève, quelques communes du canton comme Collonge-Bellerive ou Cologny et les sites emblématiques que sont le Jardin anglais ou la cathédrale Saint-Pierre.

Les différents visages du paysage genevois

Peindre Genève, c’est souvent faire plus que la décrire: c’est l’interpréter, la symboliser, se l’approprier. Nombreux sont les artistes qui se sont adonnés à l’exercice. Tous ne sont pas genevois, mais beaucoup ont développé des liens avec la cité, ses habitants et ses paysages. Konrad Witz ouvre la marche avec sa fameuse interprétation de la Pêche miraculeuse qu’il situe dans la rade de Genève, et dont le paysage réaliste se déploie sur des horizons aujourd’hui quasi inchangés. Ce volet du retable visible au Musée d’art et d’histoire est plus qu’une description fidèle d’un paysage: il constitue, par sa référence au réel, un jalon pour l’histoire des arts… Bien après le maître bâlois, beaucoup seront ceux pour qui le paysage genevois devient le motif de leur art. La fin du XVIIIe siècle voit l’essor du Grand Tour, ce circuit de découverte touristique des élites d’alors qui passent par Genève pour découvrir la Suisse. À la même période se développe cet engouement pour une nature bucolique idéalisée à laquelle les idées de Rousseau ne sont pas étrangères, préfigurant ainsi le romantisme. Le début du XIXe siècle va ainsi instaurer un véritable âge d’or de la peinture de paysages genevois, souvent animés, tandis que le XXe siècle affirme l’attachement affectif des artistes à leur ville d’origine ou d’accueil.

La diversité des regards de peintres sur Genève est grande. La petite sélection présentée temporairement cette année à la Maison Tavel propose de les confronter, sans exhaustivité. Thème exclusif ou toile de fond, le paysage genevois, urbain ou rural y figure toujours, occasionnellement transposé, faisant le lien entre des époques, des visions et des horizons parfois éloignés.

Le regard des artistes sur Genève et ses environs

Jean-Philippe George, dit George-Julliard, Paysage de Genève. Huile sur toile, don de la Société des Amis du Musée d’art et d’histoire, Genève, 1956. Inv. 1956-95

Jean-Philippe George, dit George-Julliard, Paysage de Genève. Huile sur toile, don de la Société des Amis du Musée d’art et d’histoire ©MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. 1956-95

Ainsi Jean-Philippe George, dit George-Julliard (1818-1888), né à Genève de parents français, s’est fait une spécialité des paysages alpins. Dans ce Paysage de Genève, il livre une nature exaltée et puissante dans laquelle se décèle l’influence de son maître Alexandre Calame (1810-1864). Placées au cœur de la composition, les tours de la cathédrale Saint-Pierre, surdimensionnées, prennent valeur de symbole tandis que se devine, tout au fond, le lac Léman.

François-Adolphe Grison, Le Jardin Anglais, 1870. Huile sur bois,  ©MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. 1951-49

François-Adolphe Grison, Le Jardin anglais. Huile sur bois, ©MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. 1951-49

Originaire de Bordeaux et installé à Genève à l’âge de 23 ans, François-Adolphe Grison (1845-1914) est parvenu à acquérir une solide réputation à Paris comme à Genève – on lui doit notamment le décor peint de la mairie de Chêne-Bourg. Vu avec la chaîne du Jura en arrière-plan, son Jardin anglais dépeint un nouveau lieu de rendez-vous de la ville, créé de toute pièce par des remblais successifs. Cette promenade élégante s’est peu à peu démocratisée au cours du XXe siècle pour devenir un site touristique des plus prisés.

Frédéric Auguste Dufaux, La Coulouvrenière,1870. Huile sur toile, achat, 1945. Inv. 1945-7

Frédéric Auguste Dufaux, La Coulouvrenière,1870. Huile sur toile ©MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. 1945-7

Citons enfin Frédéric Auguste Dufaux (1852-1943), initié au dessin par son père et encouragé sur la voie de la peinture par Barthélémy Menn, son maître à l’École des beaux-arts de Genève. Spécialiste des sujets de genre et des paysages intimes, il prend dans La Coulouvrenière une mère et son fils pour témoins de la modernisation grandissante des abords de la ville. La silhouette du Salève se dessine au loin, tandis que les industries en plein développement remplacent peu à peu les moulins le long du Rhône.

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