Entretien avec Danielle Eliasberg

La fille de l’artiste à l’origine d’un don exceptionnel

L’exposition Paul Eliasberg. Paysages de l’âme n’aurait pas pu voir le jour sans la générosité de la fille de l’artiste, Danielle Eliasberg. Basée à Paris, elle a fait don en 2016 de 451 œuvres sur papier, dont une centaine est présentée au Cabinet d’arts graphiques jusqu’au 2 février.

Comme de nombreux descendants d’artistes, vous œuvrez pour conserver et promouvoir le travail de votre père Paul Eliasberg, mais aussi celui de votre mère Jeanne Gédon. Cette démarche vous est-elle venue de façon naturelle?

C’était tout à fait naturel. N’ayant ni frère, ni sœur, je suis seule héritière et personne d’autre ne pouvait s’occuper de ce legs. Il est normal que je fasse quelque chose, et maintenant que j’avance en âge, cela devient même un souci. Il faut que ces œuvres et ces archives soient en sécurité. Pour moi, cela est vital. J’estime ne pas avoir pas le choix.

En quoi consiste exactement votre activité?

De son vivant, mon père ne tenait pas de registre pour répertorier ses œuvres. Il y a donc un vaste travail de classement, d’inventaire à mener, notamment pour les très nombreuses gravures – pour ce faire, je m’appuie sur le catalogue raisonné de l’œuvre graphique paru au début des années 1980. Mais chaque aquarelle, chaque tableau est unique. Ce travail n’est pas une mince affaire; il requiert de la manutention et de la place, et je ne suis plus toute jeune! C’est pourquoi, je suis très contente que le MAH ait accepté cette donation: le conservateur en chef Christian Rümelin et ses équipes ne ménagent pas leur peine. Le choix de Genève, ville internationale, me ravit et je n’arrête pas de me féliciter pour ce don.

Pourriez-vous revenir sur la manière dont s’est fait cette donation au MAH?

C’est au vernissage d’une exposition consacrée aux échanges artistiques de Gerhard Altenbourg avec mon père qui a eu lieu au Lindenau Museum à Altenburg (Allemagne), en 2016, que j’ai fait la connaissance de Christian Rümelin et de Marina von Assel, conservatrice du Kunstmuseum de Bayreuth qui m’ont dit s’intéresser à l’œuvre de mon père. Mon père avait déjà exposé en Suisse, mais il ne figurait pas jusqu’ici dans les collections publiques. Tout est parti de là. M. Rümelin et Mme von Assel sont venus à Paris choisir des œuvres destinées à leurs musées respectifs et ont décidé de faire une exposition distincte à partir de leurs choix. Paysages de l’âme en présente une sélection. Pour ce qui est de ma participation à cette exposition, je ne suis ni historienne ni théoricienne d’art, je laisse ce travail aux spécialistes!

Madame Danielle Eliasberg au vernissage de l’exposition Paysages de l’âme au Cabinet d’arts graphiques du MAH, le 31 octobre 2019 ©M. Sommer

Quel regard portiez-vous, enfant, sur le travail de votre père?

Le style de mon père a beaucoup évolué. Au début, il était très naturaliste et cela m’intéressait. Et, au fur et à mesure de ses changements de direction, je me suis adaptée. À l’époque, nous habitions dans un très petit appartement et mon père peignait sans arrêt. Il était extrêmement prolifique, je crois qu’il n’a pas arrêté une seule journée. Comme on avait peu d’espace, j’étais toujours dans le coin à observer. Il aimait bien me stimuler, me donner des crayons pour que je dessine aussi. Cela me plaisait, mais quand on a deux parents artistes, on a l’impression de les avoir sur le dos, et de ne pas être indépendant. C’est pourquoi j’ai obliqué vers une toute autre voie pour avoir la paix!

Comment ce regard a-t-il évolué avec les années? Est-il si différent aujourd’hui?

Oui, bien entendu. Ce que j’ai connu dans mon enfance n’est qu’un jalon dans sa carrière artistique. Au début, il faisait quelques dessins, mais surtout des peintures à l’huile. Ce n’est que plus tard qu’il s’est vraiment investi dans l’aquarelle et la gravure. Je restais intéressée mais, enfant, j’étais désespérée lorsqu’il se plantait en pleine nature et se mettait à dessiner. Il fallait alors que j’attende… Aujourd’hui, je peux pleinement apprécier cette évolution dans son œuvre.

Paul Eliasberg (1907–1983), La Tour Saint-Jacques, 1957.
Aquarelle et crayon de graphite sur papier blanc, 460 x 320 mm (feuille).
© Danielle Eliasberg, Cabinet d’arts graphiques du MAH, inv. D 2016-0114

Y-a-t-il une œuvre en particulier qui vous touche dans cette exposition du CdAG?

Elles me touchent toutes, à vrai dire. Ayant hérité de l’intérêt de mon père pour les églises, j’aime beaucoup celles sur le thème des cathédrales. Quand j’étais petite, on s’arrêtait visiter la moindre église de campagne. Cela faisait partie de mon éducation pour ainsi dire. Donc j’aime beaucoup les cathédrales gothiques, la tour Saint-Jacques à Paris…

Quelle facette de son œuvre, selon vous, mériterait encore d’être étudiée?

Peut-être une certaine influence de l’art chinois. Je pense que cela a pu avoir de l’importance. Les rouleaux peints du XIIIe et XIVe siècle l’intéressaient beaucoup et, même si l’influence n’était pas directe, ces peintures de paysage ont dû l’impressionner d’une manière ou d’une autre.

Avez-vous d’autres projets d’exposition?

Il me reste des œuvres de mes parents. À chaque gravure correspond plusieurs épreuves d’artistes et épreuves d’essai. Certaines sont complètement épuisées à force d’avoir été distribuées, mais il m’en reste encore sur d’autres sujets. Et j’aimerais bien trouver d’autres musées susceptibles de les accueillir. Et puis il y a l’œuvre pictural, les tableaux que j’aimerais transmettre.

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