Entre marine marchande et marine de guerre.

La navigation à l’époque romaine.

Les déplacements maritimes et fluviaux à la période romaine ont majoritairement une vocation commerciale. L’armée romaine, surtout réputée pour ses forces terrestres, compte elle aussi quelques flottes. Parmi ses embarcations se trouvaient de gros navires de transport de troupes ou de ravitaillement, dont on ne trouve pas d’équivalent pour le transport privé de personnes. Les voyageurs devaient donc négocier leur place à bord des vaisseaux marchands avec les capitaines. Les plus aisés pouvaient posséder leur propre bateau qui leur permettait de voyager plus confortablement. La navigation de plaisance, telle qu’on la pratique aujourd’hui, n’existait pas dans l’Antiquité.

Fig. 1 Navire de commerce (Navis oneraria) représenté sur une lampe à huile à volutes de type Loeschcke I, Ier siècle. Terre cuite, Italie. ©MAH, photo: Chaman ateliers multimédia, inv. 5812

La marine marchande et les bateliers du lac Léman

Des denrées circulent dans tout l’Empire romain. Le transport par bateau permet de transporter beaucoup plus de marchandises que par char. Pour arriver jusqu’à Genève, certains produits remontent le Rhône, axe commercial majeur. Les embarcations maritimes de gros tonnage, pourvues de voiles et de rames, doivent décharger à Fos-sur-Mer à cause de la barrière d’alluvions qui leur fait obstacle. Mais les navires fluviomaritimes ou maritimes plus petits et dotés d’une quille plate remontent le fleuve jusqu’à Arles et peut-être même jusqu’à Lyon. Les chalands, embarcations à fond plat et munies d’un mât de halage, sont spécialement conçus pour la navigation fluviale. Comme le Rhône n’est à l’époque pas navigable entre Seyssel (Haute-Savoie) et Genève, les marchandises sont chargées sur des chars.

Fig. 2 Base de statue avec inscription des nautes du lac Léman en l’honneur de Quintus Decius Alpinus, 40 av. J.-C. – 41 apr. J.-C. Calcaire, production locale, Genève, rue de la Tour-de-Boël
©MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. EPI 728.

On connaît de nombreux noms de corporations professionnelles romaines de bateliers et d’armateurs. Si ces derniers se regroupent généralement sous le terme de naviculaires, les bateliers prennent souvent le titre de nautes (nautae). Il en est ainsi pour les bateliers du  lac Léman, les nautae Lacus Lemanni. On sait que cette corporation avait son siège à Lausanne, où au moins deux inscriptions ont été retrouvées. Elle avait aussi un bureau à Genève, d’où provient une inscription, conservée au Musée d’art et d’histoire (fig. 2). Il s’agit d’une base de statue dédiée par les nautes du lac Léman à Quintus Decius Alpinus, dont le titre de quattuorvir nous apprend qu’il était membre du collège de quatre magistrats qui dirigeaient Genève. Cette statue a peut-être été offerte au magistrat pour son soutien envers la corporation.

La marine de guerre et l’épitaphe d’Antonius Lupus

Fig. 3 Galère naviguant par vent arrière, entre 38 et 36 av. J.-C.
Intaille en pâte de verre, ©MAH, photo: Chaman ateliers multimédia, inv. MF 3111.

La marine de guerre, utile à la conquête et au maintien de la sécurité – entre autres, contre les pirates –, est répartie en diverses flottes au cours de la période impériale. En Italie, les flottes de Misène (classis Misenensis) et de Ravenne (classis Ravennate), qui s’occupent de faire régner l’ordre en mer Méditerranée, obtiennent le titre de flottes prétoriennes, appartenant donc à la garde personnelle de l’empereur. Certaines flottes naviguent en eaux fluviales, comme les flottes du Danube (classis Pannonica et classis Moesica), aux frontières de l’Empire.
L’inscription funéraire de Marcus Antonius Lupus (fig. 4), dédiée par son fils portant le même nom (c’est d’ailleurs le nom de ce dernier, et non celui du principal intéressé, qui apparaît en grand), devait se trouver à l’origine sur un monument funéraire. Elle nous renseigne sur la fonction du défunt comme premier lieutenant (gubernator) dans la flotte prétorienne de Misène. Placé hiérarchiquement juste en dessous du capitaine, le gubernator était responsable du pilotage et de la partie arrière du navire. L’inscription ayant prétendument été trouvée dans les fouilles faites à «Baya» ou «Baxas» dans la province de Caserte, il est possible que le monument funéraire ait été érigé à Baïes (Baia), tout près de Misène. L’inscription n’indique pas que Marcus Antonius Lupus ait été vétéran, il est donc possible qu’il soit décédé alors qu’il était encore en fonction.

Fig. 4 Inscription funéraire de Marcus Antonius Lupus, IIe siècle.
Marbre, Baïes ? (Italie) ©MAH, photo: A. Arlotti, inv. 14409.

Où voir ces objets ?

L’inscription des nautes du lac Léman (fig. 2), anciennement dans la cour du MAH, est présentée dans l’exposition César et le Rhône jusqu’au 26 mai 2019. L’épitaphe de Marcus Antonius Lupus (fig. 4), la lampe à huile (fig. 1) et l’intaille (fig. 3) sont visibles dans la salle romaine du parcours permanent du musée.

 

 

Pour aller plus loin
Arnaud, P., Les Routes de la navigation antique: itinéraires en Méditerranée, Paris, 2005.
Blandin, B., Wüthrich, N., César et le Rhône : Chefs-d’œuvre antiques d’Arles [exposition: Musée d’art et d’histoire, Genève, 8 février – 26 mai 2019], Genève/Gand, 2019.
De Izarra, F., Le Fleuve et les hommes en Gaule romaine, Paris, 1993.
Nonnis, G., «La flotta di Roma imperiale : La strategia, gli uomini, le navi », Historica paperbacks 13, Cagliari, 2016.
Pitassi, M., The Roman Navy : ships, men & warfare 350 BC-AD 475, Barnsley, 2012.

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l Catégorie: Blog, Expositions.

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