Découvrir les collections par la magie du conte

Il était une fois au musée…
Alors qu’elle regarde la vitrine présentant la girouette en forme d’aiglette de la Maison Tavel, Alice est soudain emportée par l’oiseau et s’envole à travers la grande cheminée de la cuisine… Quelques instants plus tard, suspendue au-dessus du vide, l’aiglette, qui est une vraie girouette, décide de la lâcher. Alice tombe alors au fond de la citerne…

Nous sommes le 3 mai à la Maison Tavel, en plein Festival La Cour des contes. Partie comme une visite commentée classique, la visite contée s’envole vers un monde onirique dans lequel les objets et les lieux de la Maison Tavel deviennent les supports d’une nouvelle Alice au pays des merveilles. Ce projet audacieux et poétique associe à un lieu culturel connu des Genevois, la Maison Tavel, l’imaginaire et la créativité d’une conteuse de talent, Christine Métrailler, qui s’est emparée des lieux pour les faire revivre à sa façon.

Christine Métrailler, conteuse

Christine Métrailler lors d’Alice au musée, Maison Tavel, mai 2014

Depuis le renouveau du conte, dans les années 1970, les conteurs investissent divers espaces pour raconter des histoires. Si leurs récits ont rapidement raisonnés dans des salles de spectacle ou des bibliothèques, les musées n’ont pas tardé à se profiler comme lieu d’accueil. Aux Musées d’art et d’histoire, de nombreux moments de contes sont ainsi organisés chaque année, pour petits et grands, conduits à chaque fois par une envie, un projet pensé entre médiateurs et conteurs. Car le musée est avant tout un lieu de présentation et de conservation d’œuvres, un lieu patrimonial. C’est donc autour de ces objets ou du bâtiment lui-même – dans le cas de la Maison Tavel -,que se pensent les moments de contes. Des propositions très différentes peuvent ainsi voir le jour.

Des aèdes grecs…

Dans l’Antiquité, le récit est porté par les aèdes qui voyagent de ville en ville raconter leurs histoires. Ce sont ces histoires que l’on retrouve sur les vases grecs ou à travers les statues de nos collections. Les conteurs dans le musée redonnent vie aux personnages peints sur les vases ou sculptés dans le marbre. Ils rendent la parole à Achille tuant Penthésilée dont il tombe amoureux, ou à Heraclès étranglant le lion de Némée. Pour le public, c’est une manière de retrouver les clés pour comprendre ces mondes si lointains. Autour des objets, points d’ancrage essentiels pour la médiation, ces moments de contes enrichissent la découverte des collections et rendent aux œuvres la part de récit qui leur donne du sens.

… aux créations contemporaines

Lorsque des conteurs conçoivent des spectacles autour d’un lieu, c’est une autre dimension du musée qui prend corps. Il devient sujet de création. Ainsi, outre Alice au musée évoqué en préambule, de nombreuses propositions ont vu le jour. Lors des Journées du Patrimoine, Pierre Rosat et Deirdre Foster ont transformé les caves de la Maison Tavel en lieu de perdition et le tonneau de l’hôpital de Bossey en demeure de la vouivre. Casilda Regueiro en a fait un château, dans lequel le héros Johan devait réussir les épreuves lui permettant de conquérir la princesse, et Caroline Langendorf, la maison dans laquelle les objets reprennent vie pendant la nuit…

Le conte et la médiation

Dans un programme de médiation, le médiateur est souvent dans une posture explicative. Le mode d’adresse est donc celui de l’approche informative ou de l’approche scientifique comme les définissent Serge Chaumier et François Mairesse (La Médiation culturelle, Paris, 2013). Conter et raconter peuvent également être pris en charge par le médiateur et s’intégrer à la visite. Cependant, grâce à l’intervention du conteur, l’approche imaginaire est privilégiée. Elle convie à détourner, inventer ou recréer de nouvelles images en se projetant et en imaginant des situations tout en y associant une approche artistique par l’écriture, puis l’expression sonore et théâtrale qui l’accompagne. Ces dimensions ont alors la place de s’exprimer pleinement, hors de l’explication.

Alors, ne manquez pas le prochain moment de contes au musée. Comme le dit le petit scarabée que Casilda Regueiro fait se promener dans les récits qu’elle propose dans la salle des Antiquités égyptiennes : suis-moi et tu verras…

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l Catégorie: Blog, Vie du Musée
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