© MAH, photo: S. Treglia-Détraz

Dans les pas d’Isadora et sur les traces de Picasso

Isadora Duncan, fascinante danseuse du début du XXe siècle, a créé de toute pièce une nouvelle danse – prémisses de la danse moderne – en arpentant les musées. Les vases grecs en particulier lui disaient la liberté du corps et l’importance de la musique; la Renaissance lui parlait de la beauté, une beauté non pas issue d’une gestuelle codifiée, mais d’une impulsion vivante, d’une source profonde jaillissant de l’intérieur de l’être. Elle fit du Louvre, à Paris, et des Offices, à Florence, son QG dans les années de formulation de cette nouvelle danse.

Cet élan inspirateur des musées ne s’est pas tari, bien au contraire. La danse est toujours l’invitée du Louvre et elle l’est aussi depuis longtemps au Musée d’art et d’histoire qui a présenté nombre de spectacles chorégraphiques. À l’occasion de l’exposition Picasso à l’œuvre. Dans l’objectif de David Douglas Duncan, cette complicité musée-danse se manifeste de façon renouvelée et participative. Nullement spectaculaire, on ne voit d’elle qu’un grand tapis noir grignotant l’espace d’une salle qui lui est spécialement dédiée. Un panneau indique aux curieux que des ateliers de danse s’y pratiquent.

Dessiner dans l’espace

La danse est élans, lignes, espaces, volumes, formes; elle dessine dans l’espace, elle se pense, elle s’expérimente, elle se crée. Picasso ne s’y était pas trompé, lui qui dansait devant son tableau des Baigneurs à la Garoupe,  inscrivant sa silhouette animée sur la toile peinte de figures hiératiques. Isadora Duncan aurait adoré! Arrivée à l’apogée de son art, étoile incontestée, la danseuse fut croquée par nombre de peintres et de sculpteurs qui tentaient de rendre l’élan d’un corps libre. Elle leur faisait comprendre que son corps n’était pas celui d’un pauvre modèle soumis à la torture de la pose, mais qu’ils avaient là une matière vivante qui pouvait devenir créatrice à son tour; la danse est un outil exploratoire d’une créativité sans limites, au même titre qu’un pinceau.

Alors, pourquoi ne pas utiliser le corps pour aborder la peinture? Pourquoi ne pas utiliser des chemins de traverse à l’image de Picasso qui emploie des sculptures pour faire naître une peinture? Pour les Baigneurs à la Garoupe, l’artiste avait en effet commencé par créer un ensemble de sculptures faites de bouts de planches et de cadres assemblés. Dans le fatras organisé de son atelier où sculptures, peintures, céramiques et estampes se côtoyaient, d’une résonance à l’autre, Picasso avait fini par associer cet ensemble de sculptures à un tableau de baigneurs sur la plage de la Garoupe. L’artiste termina la toile en 1957 en achevant de la peindre, mais ne s’arrêta pas de créer! Très simple, dans des tons de bleus, avec des personnages plats, elle ménageait un vaste espace pour l’inassouvissable Picasso qui l’anima. Il y projeta des ombres: celles d’une chaise, d’un masque, d’un oiseau. Puis s’anima à son tour, venant improviser des danses colorées devant sa toile.

Aborder la peinture par le corps, c’est ce processus de création particulier que le public est invité à explorer sous la forme d’ateliers destinés aux familles, plus précisément un adulte-un enfant, et d’ateliers pour les scolaires. Quel que soit son âge et son pedigree, tout le monde se glisse dans le mouvement guidé par le tableau de Picasso et conduit par Catherine Egger, danseuse pédagogue qui tisse depuis vingt ans des liens entre les œuvres muséales et la pratique du mouvement.

A voir: exposition Picasso à l’œuvre. Dans l’objectif de David Douglas Duncan, au Musée d’art et d’histoire jusqu’au 3 février 2013. Exposition réalisée grâce au généreux soutien de la Fondation Hans Wilsdorf.
Atelier-danse Sur les traces de Picasso,  samedi 26 janvier de 14 à 16 heures                         CHF 10.- par personne, sur inscription au +41 (0) 22 418 25 00 ou par mail à adp-mah@ville-ge.ch

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l Catégorie: Blog, Expositions, Vie du Musée
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