Momies d’oiseaux ©MAH, photo: B. Rey-Bellet, inv. 18302, 18299, 18300, 18303

Conserver et restaurer les momies animales

Le MAH conserve 25 de ces reliques d’une grande fragilité

Les animaux de l’Égypte antique ont été momifiés en très grandes quantités pour des raisons religieuses. Momies d’animaux sacrés ou momies votives déposées dans les nécropoles animales, on estime leur nombre à 60 millions dans le pays.

Vieilles de 2000 ou même de 3000 ans, elles sont parvenues jusqu’à nous, chose exceptionnelle pour de la matière organique. Les techniques de momification pratiquées par des spécialistes avaient atteint un très haut niveau de savoir-faire. Elles présentaient de nombreuses variations mais se basaient toujours sur le même principe: le dessèchement du corps. Les animaux étaient ainsi embaumés puis, selon les cas, enveloppés de bandelettes de lin, de manière plus ou moins sophistiquée.

Momie d’ibis, Basse Époque (-664 à -332), L. 26 cm, provenance Basse Égypte ©MAH Inv. 18299

Momie d’ibis, Basse Époque (-664 à -332), L. 26 cm, provenance Basse Égypte ©MAH, photo: B Rey-Bellet, inv. 18299

Le MAH possède 25 de ces momies animales dont la majorité a été acquise ou reçue au XIXe siècle, avec de rares informations sur leurs lieux de découverte. Cette collection est constituée de 16 momies d’oiseaux, 3 de chats et 6 de petits crocodiles.

Chantier des collections

À l’occasion d’un bilan de l’état des collections, réalisé dans le cadre du projet de déménagement des réserves, la collection de momies animales a été examinée. Son état de conservation était tel qu’aucune manipulation ou transport n’était envisageable. L’affaiblissement physique de certains textiles ou de certaines momies dans leur globalité nécessitait d’intervenir rapidement.

Momie d’ibis, Basse Epoque (-664 à -332), H. 50 cm, lieu de découverte indéterminé ©MAH, photo: B Rey-Bellet, inv. 18304

Momie d’ibis, Basse Époque (-664 à -332), H. 50 cm, lieu de découverte indéterminé
©MAH, photo: B Rey-Bellet, inv. 18304

Les problèmes de conservation-restauration rencontrés ont été les suivants: une faiblesse de la fibre textile allant parfois jusqu’à sa désagrégation, des déchirures, des lacunes, un empoussièrement important, des taches, et des attaques biologiques. Ces dégâts ont été traités individuellement par des moyens adaptés à chacune des momies. Le seul traitement de masse a été l’anoxie, avec laquelle la campagne de conservation-restauration a débuté. Les œuvres de nature organique sont déposées pour une durée de 4 semaines dans une chambre hermétiquement fermée et privée d’oxygène afin éliminer tout organisme vivant (insecte ou larve). Elles ont ensuite été nettoyées, d’abord à sec au moyen d’un petit aspirateur et d’un pinceau, puis au moyen de cataplasmes humidifiés afin de retirer la saleté incrustée et d’atténuer certaines taches disgracieuses.

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Momie d’oiseau avant et après nettoyage, Basse Époque (-664 à -332), H. 48 cm, lieu de découverte indéterminé ©MAH, photo: B. Rey-Bellet, inv. D 0338

Momie d’oiseau avant et après nettoyage, Basse Époque (-664 à -332), H. 48 cm, lieu de découverte indéterminé
©MAH, photo: B. Rey-Bellet, inv. D 0338

Une fois la momie complètement sèche, le textile a été consolidé si nécessaire: quand la fibre était saine et que la consolidation se limitait à replacer des bandelettes flottantes ou à arrêter des déchirures, la méthode a consisté à fixer le tout au moyen d’un fil de soie maintenu par un point de couture, rendant la restauration pratiquement invisible, très peu invasive et totalement réversible. Quand, en revanche, la fibre de désintégrait, il a fallu faire le choix d’une consolidation plus invasive par l’imprégnation à cœur des fibres avec une émulsion acrylique ou un éther de cellulose.

Certaines momies ont montré des problèmes spécifiques, comme cet oiseau sur lequel se trouvaient des amas blancs ressemblant à des sels. Une analyse de composition par FTIR nous a permis d’identifier une cire. Si rien ne permet d’affirmer avec certitude que celle-ci provient de la momie, cette option reste plausible puisque les cires faisaient partie des produits d’embaumement.

Momie d’épervier, Basse Époque (-664 à -332), H. 29 cm, lieu de découverte indéterminé ©MAH, photo: B. Rey-Bellet, inv. 18718

Momie d’épervier, Basse Époque (-664 à -332), H. 29 cm, lieu de découverte indéterminé
©MAH, photo: B. Rey-Bellet, inv. 18718

Une fois les momies traitées, elles ont été conditionnées en vue de leur déménagement et de leur entreposage dans les futures réserves. Disposées dans une caisse en polypropylène, elles ont été calées entre des mousses polyéthylènes pour assurer leur stabilité physique. Quatre d’entre elles (un crocodile, un oiseau et deux chats, dont un dans son sarcophage en bois) sont exposées en permanence en salle d’Égypte.

Momies d’oiseaux ©MAH, photo: B. Rey-Bellet, inv. 18302, 18299, 18300, 18303

Momies d’oiseaux ©MAH, photo: B. Rey-Bellet, inv. 18302, 18299, 18300, 18303

Ce travail sera présenté de manière plus détaillée lors de la Journée d’études en conservation-restauration qui aura lieu le 31 mars au Musée d’art et d’histoire.

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