Cherchez la femme!

À la recherche de toutes les femmes dans les collections du MAH

Le prochain Afterwork du Musée d’art et d’histoire, qui se tiendra au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes, propose une soirée intitulée Cherchez la femme!, dont le thème peut a priori surprendre.

Quel besoin de la chercher? Elle est partout dans le musée! Souvent dénudée du reste, réduite au statut d’objet de vénéneuse séduction ou d’admiration lubrique… Souvent sainte ou vierge, avec un V majuscule. Dès l’instant où l’on commence à en chercher d’autres, l’entreprise devient tout de suite plus délicate. Une femme de tête? Il y a bien Athéna, déesse des techniques et de la stratégie, mais elle aussi est une vierge, armée jusqu’aux dents. L’honneur est sauf. Sans risque de séduire ou de procréer, sa féminité n’est plus un obstacle puisqu’elle est ainsi niée, tout au moins dans la pensée grecque antique. Une reine? Trop souvent, elle n’est autre que l’épouse d’un roi. Une héroïne peut-être? En grattant bien, on trouve… Mais il s’agit le plus souvent d’une femme au destin tragique, telle Électre ou Antigone. Une artiste? Le choix est limité: seules deux œuvres exécutées par des femmes (Berthe Morisot et Élisabeth Vigée Le Brun) sont actuellement exposées au Musée d’art et d’histoire.

Le Portrait de Jeanne Pontillon par Berthe Morisot dans les salles beaux-arts du MAH ©MAH, photo : M. Wolf

Le Portrait de Jeanne Pontillon par Berthe Morisot dans les salles beaux-arts du MAH ©MAH, photo : M. Wolf

Le musée, miroir de la société

Sexisme? La réponse paraît évidente. Les collections pluridisciplinaires du MAH s’étalent sur 15 000 ans et ne sont jamais que le reflet des techniques, du goût, des idées, de la culture et de la société d’ici et d’ailleurs… Force est de constater que sur les 15 derniers millénaires, rares sont les années où les femmes sont effectivement considérées au-delà de leur rôle dans la survie de l’espèce et de l’entretien de celle-ci. Les Nations Unies ont décidé de cette journée du 8 mars, consacrée aux droits des femmes, en 1977 seulement. Les Suissesses votent alors depuis 6 ans! La soirée du jeudi 9 mars sera donc l’occasion de vraiment chercher à découvrir ce qui se cache derrière les archétypes. L’occasion de mettre en perspective des œuvres d’art, produits et reflets de sociétés qui, hélas, furent phallocrates durant des millénaires, et continuent de l’être malgré les progrès faits depuis Cléopâtre, Germaine de Staël ou Berthe Morisot!

Rencontres avec les œuvres

L’essentiel du programme de la soirée reposera sur des rendez-vous de speed dating, 18 au total sur six œuvres différentes. Une belle occasion par exemple d’admirer le Portrait de Jeanne Pontillon par sa tante Berthe Morisot, récemment entré dans les collections. L’artiste impressionniste a su se faire un nom et exercer son art dans son milieu bourgeois, où le modèle est le plus souvent quelqu’un de la famille et non pas une fille des rues posant pour se nourrir.

Elizabeth Vigée-Lebrun, Portrait de Germaine de Staël en Corinne au Cap Misène, 1809 Huile sur toile, 140 x 118 cm ©MAH, inv. 1841-0003

Elisabeth Vigée Le Brun, Portrait de Germaine de Staël en Corinne au Cap Misène, 1809
Huile sur toile, 140 x 118 cm ©MAH, inv. 1841-0003

L’autre femme artiste mise à l’honneur sera Élisabeth Vigée Le Brun et son Portrait de Madame de Staël en Corinne au Cap Misène; la peintre et la modèle sont en effet deux exceptions caractéristiques de cette seconde moitié du XVIIIe siècle qui vit quelques femmes dans le domaine des lettres, de l’art et de la musique se faire une renommée à force de talent et d’esprit. On rencontrera aussi le dernier pharaon (le terme pharaonne n’existe pas), une Gallo-romaine connue par son épitaphe, une déesse solaire à la féminité léonine et enfin, les fameuses Amazones, incarnant la peur de l’altérité.

Visuel inédit

Conçu par Fresh Design, le visuel de la soirée représente une femme de dos dont la silhouette se devine sur fond de rayures. Il y a quelque chose de l’univers des parfums de Jean-Paul Gaultier: les courbes du flacon de la fragrance classique destinée aux dames, fondues dans les rayures du Mâle.

visuel_AFTERWORK

L’expression « Cherchez la femme! », pour la première fois usitée chez Alexandre Dumas dans Les Mohicans de Paris en 1854, y est incarnée de manière inédite. Image réductrice? Caricature? Ou juste représentation du constat peu glorieux que les femmes ont tendance à être invisibles au musée? Ce constat ne doit pas être nié mais mis en perspective, sur le fond, tout en s’autorisant à rester léger et un peu décalé sur la forme…

Le vendredi 3 mars, la Bibliothèque d’art et d’archéologie participe pour la seconde fois à l’Edit-a-thon organisé par Wikipédia sur le thème Art + Féminisme. Toutes les personnes qui souhaitent rédiger des articles sur des sujets liés à l’art et au féminisme y sont les bienvenues!

 

Télécharger l'article au format PDF
l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *