Céline en BD à la Maison Tavel

Le Chien de Dieu dévoilé en quelques planches

Il y a tout juste un an, la Maison Tavel accueillait le 9e art dans ses salles avec l’exposition de planches originales de Vincent, un saint au temps des mousquetaires (éd. Dargaud), signé Jean Dufaux pour le scénario et Martin Jamar pour les dessins. Cette semaine, la plus ancienne demeure genevoise renouvelle l’opération, toujours en collaboration avec la galerie voisine PerspectivesArt9, en dévoilant quelques planches de l’album Le Chien de Dieu (éd. Futuropolis). Aux commandes de l’ouvrage, qui retrace la vie du controversé Louis-Ferdinand Céline, le scénariste Jean Dufaux et le dessinateur Jacques Terpant.

Céline à Tavel? La proposition peut étonner. À ceux qui ne connaîtraient pas la biographie de Louis-Ferdinand Destouches (1894-1961), Le Chien de Dieu rappelle qu’il vécut 3 ans à Genève, où il fut engagé fin juin 1924 au Service hygiène de la Société des Nations (SdN). Le jeune doctorant en médecine âgé de 30 ans, qui a laissé femme et enfant à Rennes, participe au développement d’un réseau de bureaux sanitaires à l’international – une tâche qui préfigure celle menée aujourd’hui par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce séjour lémanique est ainsi entrecoupé de nombreux voyages à travers l’Europe, en Amérique et en Afrique, qui nourriront plus tard ses réflexions et ses écrits, romans et pamphlets confondus. Si la SdN est la cible de L’Église (1927), virulente pièce de théâtre aux relents nauséabonds, Genève tient autrement plus d’importance aux yeux de l’écrivain: c’est là qu’il fait la rencontre de l’amour de sa vie, Elizabeth Craig, devant la librairie Jullien située en Vieille-Ville, à deux pas de la Maison Tavel. Le fonctionnaire et la jeune danseuse américaine vivent quelques mois d’une parenthèse amoureuse sur les rives du Léman, qui coïncide avec la mue du jeune médecin en écrivain au talent foudroyant. Le contrat de Destouches n’ayant pas été renouvelé, le couple s’installe Paris courant 1927 où Louis-Ferdinand se consacre à la rédaction de son Voyage au bout de la nuit. Il a beau dédier son chef-d’œuvre à sa muse, sous le sobriquet de «l’Impératrice», elle le quitte peu après la parution du livre en 1933, provoquant chez lui une rancœur tenace.

Cet épisode passionnel est parmi les nombreux moments marquants de la vie de l’écrivain que Jean Dufaux a choisi d’évoquer dans Le Chien de Dieu. Le pari est risqué: Céline n’inspire pas la sympathie comme saint Vincent de Paul… L’ouvrage met en scène l’auteur un soir d’orage en 1960, attelé à la rédaction de Rigodon. Interrompu par un éclair, il revient sur sa propre vie et Dufaux, par ce procédé narratif, d’aborder de front tous les aspects de la personnalité de Destouches, y compris les plus sombres. Cette trajectoire complexe est à découvrir sans tarder à la Maison Tavel.

Le Chien de Dieu, à la Maison Tavel, du 24 novembre au 31 décembre.
Vernissage en présence des auteurs et signature de l’ouvrage le jeudi 23 novembre, de 18 à 20 heures.

 

 

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l Catégorie: Blog, Expositions.

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