Au Musée historique de Lucerne, les cartels sont remplacés par des code-barres lisibles grâce à un scanner.

Cartel – le syndrome du majordome

Cartel:  Synonyme d’étiquette ou de notice, sous un terme essentiellement utilisé dans les musées de Beaux-Arts, désigne le court texte apposé sur un bristol ou tout autre support léger, voire directement sur la cimaise ou sur la vitre de la vitrine, du format légèrement supérieur à une carte de visite, qui accompagne un expôt en désignant son titre, le pays de production, l’époque, la matière dans lequel il a été réalisé, ainsi que, parfois, son numéro d’inventaire et une brève description (parfois une explication) de l’objet. (André Desvallées, François Mairesse, Dictionnaire encyclopédique de muséologie)

Des générations de visiteurs se sont plaintes et des générations de graphistes se sont efforcées de trouver les meilleures réponses. Pourtant, aucune solution définitive ne semble avoir été mise au jour, et il n’est pas un musée au monde qui n’ait échappé, une fois au moins, à l’inévitable controverse du cartel.

Trop petits, mal éclairés et mis en page sans contraste, introuvables et insuffisants, ou au contraire trop visibles et trop grands pour ne pas disconvenir à l’œuvre, les cartels sont par essence un problème.

Le fait que cette petite chose soit cause de tant de troubles ne doit pas surprendre. Le cartel est en effet à la croisée de problématiques tout à la fois muséographiques, scénographiques et de conservation préventive.

Un texte pour une œuvre

En matière de muséographie tout d’abord, il convient de considérer le cartel comme la plus petite unité du système de textes présents dans une exposition. Ce système se développe entre deux extrémités. La première, le texte général de l’exposition, indique une orientation valable pour la globalité de la présentation. Le cartel représente, quant à lui, la seconde extrémité et ne vaut que pour l’œuvre à laquelle il est associé. Dans cette structure, qui se construit du général au particulier, le cartel est donc une particule élémentaire. Sa place est ingrate car les cartels sont généralement nombreux. Elle l’est d’autant plus qu’un visiteur d’exposition lit finalement assez peu, du fait notamment de la concurrence visuelle des objets et du confort médiocre qu’offre la posture debout. Aussi un cartel peut difficilement se permettre d’être bavard et l’usage voudrait que chacun se limite à 30 ou 40 mots*. Dès lors, la tentation des cartels développés – offrant une dizaine de lignes complémentaires aux informations de base – se heurte bien vite à un principe de réalité.

La lecture des étiquettes, une opération difficile. (Le Journal amusant du 27 février 1864)

Discret et efficace

Ces contraintes muséographiques se doublent de difficultés d’ordre scénographique et graphique qui aggravent souvent le problème. Rares sont en effet les visiteurs sensibles à l’esthétique des cartels (exception faite de quelques professionnels attentifs). Les commissaires quant à eux, bien que soucieux de les doter de riches informations, redoutent des cartels qu’ils ne viennent parasiter l’œuvre. Ainsi, et s’il est entendu par le plus grand nombre que le centre d’un tableau doit être situé à environ 1,5 m du sol, l’accrochage d’un cartel semble sujet à moins de certitude et glisse insensiblement 30 cm plus bas. On attend finalement du cartel l’efficace discrétion d’un majordome. Il ne peut donc s’offrir le luxe de caractères trop gros (surtout si ceux-ci sont nombreux) mais doit néanmoins assurer sa mission d’information avec rigueur.

Mis à l’ombre

Cette efficacité à transmettre, attendue du cartel, se voit finalement entravée par la contrainte de l’éclairement. La lecture d’un texte, fût-il imprimé noir sur blanc, en caractères lisibles et sur un support sans brillance, exige en effet un minimum de lumière. Dans certains cas pourtant, l’éclairage du cartel ne peut être envisagé sans conséquence pour l’œuvre à laquelle il se rapporte. La sensibilité de nombre d’objets interdit en effet un apport de lumière trop fort. Dès lors, des sources d’éclairage différenciées s’imposeraient, mais elles ne sont hélas pas systématiquement possibles dans toutes les configurations et dans toutes les salles.

Entre les feux croisés de la transmission des connaissances, des attendus esthétiques et de la sensibilité des œuvres, les cartels sont donc en fâcheuse posture. L’exposition étant avant tout une pratique empirique, des solutions d’appoint sont sans cesse construites (regroupement des cartels en bout de mur, renvoi à un essaim de numéros….), mais une réponse plus satisfaisante semble voir peu à peu le jour grâce à l’apport des technologies numériques. Smartphones et QR codes, encres intelligentes et puces RFID font peu à peu leur entrée dans l’arsenal de la médiation d’exposition. Ces outils, en dématérialisant le support, apportent une solution nouvelle. Un simple pictogramme, flashé par la caméra d’un téléphone portable, peut désormais donner accès à un contenu sans limite de caractères et riche de tous les médias, tout comme d’une traduction immédiate.
Quelques années doivent encore passer, mais tout porte à croire que la postérité reconnaîtra à la Silicon Valley le mérite d’avoir réhabilité les cartels.

*Andrée Blais, L’écrit dans le média exposition

 

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