Avant que le rideau tombe!

L’exposition Héros antiques. La tapisserie flamande face à l’archéologie, au Musée Rath pendant deux semaines encore, est composée de cinq volets dominés par de somptueuses tapisseries. Celles-ci sont comme une fenêtre ouverte sur l’esprit baroque, qui, en conjonction avec la contre-réforme, a marqué durablement les pays catholiques romains – surtout les villes les plus riches, à commencer par Rome. Cette influence est peut-être moins sensible en pays de tradition réformée et protestante. Car, pour emprunter une image à la physique vectorielle, dans le premier cas, deux forces regardant dans la même direction s’additionnent, tandis que, dans le deuxième, elles tendent à se neutraliser, car elles sont tournées en sens opposé.

Les tapisseries déployées actuellement au Musée Rath ont vu le jour à Bruxelles, au cœur de la Flandre drapière et lissière, dans les Pays-Bas espagnols marqués par les guerres contre les Pays-Bas réformés et indépendants. Les Histoires de Scipion l’Africain, les plus somptueuses – véritables rançons royales – furent du reste une commande du marquis de Caracena, gouverneur des Pays-Bas espagnols de 1659 à 1664.

Une occasion à saisir!

Même si on pense n’avoir aucun intérêt pour la tapisserie, l’effort de pénétrer dans le monde de ces chefs-d‘œuvre d’une époque qui est au fond moins étrangère à la nôtre qu’elle ne le paraît de prime abord mérite d’être fait. Car ces tapisseries représentent un pan du patrimoine vaudois et genevois qu’il sera difficile de revoir avant plusieurs années. Que l’on songe seulement que celles du Musée d’art et d’histoire n’avaient plus été exposées depuis 1949 et que celles conservées par la Fondation Toms Pauli de Lausanne n’avaient été vues que par quelques rares privilégiés depuis des temps immémoriaux. Enfin, elles ont été admirablement nettoyées et restaurées pour l’occasion. Et, comme l’a dit le directeur des Manufactures royales De Wit de Malines: «Vous les voyez aujourd’hui presque aussi belles que leur premier propriétaire il y a trois cent cinquante ans.» Ce qui est un fait rare: la plupart de ces œuvres ayant été longuement exposées à la lumière, ce qui les a littéralement fait fondre.

La Rolls de l’époque

Si toutes les pièces exposées au Musée Rath ne sont pas des chefs-d’œuvre, elles représentent cependant le summum du luxe pour l’époque. Elles décoraient les châteaux et les demeures les plus somptueuses et signifiaient, pour leurs propriétaires d’alors, ce que le yacht ou la voiture de luxe sont pour ceux d’aujourd’hui: le sceau d’une position au sommet de la hiérarchie sociale.

Les histoires qu’elles racontent nous interpellent également. Si elles véhiculent des idéaux à certains égards chevaleresques, elles sont également d’une grande actualité, actualité qu’elles tirent paradoxalement des anciens, des «hommes de Plutarque», ces modèles qui fascinaient un penseur aussi moderne que Rousseau: entre autres Scipion, le vainqueur d’Hannibal, mais aussi le vainqueur de soi-même, Decius Mus, le héros de l’autosacrifice pour le bien suprême représenté par l’État ou Constantin, celui qui tourna la page du paganisme antique, le fondateur de l’Europe chrétienne.

De multiples perspectives

Et s’il fallait ajouter encore une raison pour ne pas manquer cette exposition, sachez qu’il ne s’agit pas «simplement» d’une exposition de tapisseries. Comme son titre l’indique, celles-ci sont mises en perspective: une perspective archéologique qui présente les connaissances de l’époque et les nôtres et une perspective apportée par l’histoire de l’art. Elle est le fruit d’une véritable collaboration entre de nombreux secteurs du Musée d’art et histoire, de la Fondation Gandur pour l’art, ainsi que l’Université de Genève et les spécialistes les plus illustres de la tapisserie flamande. Ils y ont tous apporté des éléments qui lui donnent une réelle envergure. Comme en témoigne la publication qui accompagne l’exposition, l’indispensable dépositaire de tant de ferments fusionnés en une symphonie… qu’il demeure au visiteur de parfaire.

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2 réponses à Avant que le rideau tombe!

  1. avatar Zahno Jean-Pierre dit :

    Bonjour Monsieur Campagnolo,
    ma fille a trouvée une pièce de monnaie ancienne. avez vous une idée sur cette pièce et voir sa valeur!
    afin de vous la présenter j’en ai fais une photo. veuillez SVP me transmettre une adresse mail afin de vous l’envoyer
    Recevez cher Monsieur mes plus cordiales salutations
    J-P Zahno
    johnzahno@gmail.com
    079 402 37 60

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