Autour de Hodler III

Le Quatuor de Genève interprète Ravel et Debussy

Proposé par le Quatuor de Genève et le Musée d’art et d’histoire, le cycle de musique de chambre Autour de Hodler tient son troisième concert ce dimanche 30 septembre à 11 heures, à la Salle centrale de la Madeleine. Après une ouverture viennoise et une première étape dans la Ville Lumière, Paris est une nouvelle fois au programme avec Syrinx, pour flûte seule, et la Sonate pour flûte, alto et harpe de Claude Debussy, suivis du Quatuor de Maurice Ravel. Ces deux dernières pièces figuraient déjà dans le parcours musical audioguidé de l’exposition Hodler//Parallélisme  tant elles s’accordent bien de l’œuvre du peintre suisse. Hodler, Debussy, Ravel: trois artistes acteurs majeurs de la modernité dans leur domaine artistique respectif.

Le paysage sonore de Debussy

Dans les années 1910, Hodler jette ses dernières forces dans la représentation systématique du paysage qu’il voit depuis ses fenêtres, cette rade genevoise qu’il dépouille de toute trace d’occupation humaine pour n’en garder que l’essentiel: le ciel, le lac et les montagnes. Avec sa Sonate pour flûte, alto et harpe, l’une de ses dernières compositions datée de 1915, Debussy semble lui aussi aborder le genre du paysage. L’association de ces trois instruments n’avait jamais été usitée en musique de chambre. Leur voix se mêlent, se soutiennent et s’opposent, pour former une matière sonore presque picturale à la fois douce et mélancolique.

Ferdinand Hodler, Le Lac Léman et le Mont-Blanc, 1918
Huile sur toile, 60 x 80 cm ©MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. 1939-59

Debussy avait composé cette pièce pour une harpe chromatique, développée par la maison Pleyel en 1894. Sans pédale, cet instrument, où chaque note est associée à une corde, était réputé plus aisé à jouer que son concurrent diatonique et permettait davantage de dextérité. Ce modèle, dont les deux jeux de cordes sont croisés pour reproduire la disposition des touches blanches et noires d’un piano, ne supplanta toutefois pas celui de la harpe chromatique en dépit de la publicité que lui fit Debussy. Le Musée d’art et d’histoire possède dans sa collection d’instruments de musique une harpe de ce modèle, dont la console et la colonne sont en métal pour supporter la forte tension des cordes, elles-même accrochées à un sommier métallique situé dans la caisse de résonance. Ce sont les progrès de la métallurgie de l’aluminium à cette période qui permirent l’emploi de cet alliage plus léger dans la harpe Pleyel.

Le Quatuor de Ravel

Quand Maurice Ravel écrit son Quatuor en fa majeur entre décembre 1902 et avril 1903, sa seconde pièce de chambre, il s’inspire de celui écrit par Debussy dix ans plus tôt. Ravel dédie l’œuvre à Gabriel Fauré, son professeur de composition, qui lui n’abordera le genre qu’en 1924. Il faut dire que la forme du quatuor est difficile, et n’est souvent approchée par les compositeurs qu’avec la maturité. Ravel, lui, s’y attelle à vingt-sept ans et signe un chef d’œuvre, entre respect de la tradition et originalité certaine, adoptant une forme cyclique assez libre et un style souple et expressif. Cette pièce ouvre une voie nouvelle pour le jeune compositeur français qui affirme à partir de là ces traits les plus caractéristiques: raffinement mélodique et goût pour les sonorités espagnoles et orientales, pour le fantastique et l’exotisme. Une musique résolument moderne, nourrie d’influences diverses – y compris le jazz –, cosmopolite, reposant sur un fond de classicisme français.

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l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

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