Jean-Pierre Saint-Ours, Psyché enlevée du Festin des Dieux par l’Amour pour l’approcher de son lit de noces, 1785.
Huile sur bois, 35,8 x 40,2 cm. Collection privée ©MAH, photo: P. Schälchli

Amour et Psyché, amoureux éternels

Quand Saint-Ours s’inspire du Bernin, de Canova et de Vincent…

Prêtée par un collectionneur privé, Amour et Psyché (1785) de Jean-Pierre Saint-Ours est une œuvre phare de la rétrospective actuellement consacrée au peintre genevois au Musée d’art et d’histoire. Ce tableau semble prendre son inspiration dans la célèbre statue du Bernin de la collection Borghèse, Apollon et Daphné (1625), que Saint-Ours, déjà installé à Rome depuis 1781, ne peut manquer d’avoir vue. L’élégance du mouvement de l’étreinte et l’échange de regards des deux protagonistes rapprochent ces deux œuvres. On peut aussi supposer que, lorsqu’il peint ce tableau en 1785, Saint-Ours, qui a déjà noué de nombreuses relations artistiques dans la Ville éternelle, s’inspire peut-être également des bozzetti vus dans l’atelier de son ami Canova, installé lui aussi depuis quelques années à Rome, bien que ce dernier n’ait reçu commande de sa sculpture Psyché ranimée par le baiser de l’Amour qu’en 1787 (Musée du Louvre).

Sujet mythologique tiré du récit d’Apulée

Le sujet est tiré du récit d’Apulée (IIe siècle) qui évoque l’histoire de Psyché qui, séduite par l’Amour et après bien des épreuves imposées par Vénus jalouse de sa beauté, peut enfin rejoindre son bien-aimé. Hymne à la Beauté, cette fable n’a cessé d’inspirer les artistes, surtout à l’époque néoclassique. Conformément à la légende, Psyché est représentée avec des ailes de papillon (Psukhê signifie en grec à la fois l’âme et le papillon), symbole de l’immortalité de l’âme qui doit surmonter des épreuves pour atteindre le bonheur. Elle tient dans son bras droit l’arc dont elle a désarmé l’Amour. Et sur la gauche de la composition, la couche nuptiale est prête, surmontée d’une statue de la Diane d’Ephèse, promesse de fécondité, statue dont Saint-Ours avait vu et dessiné le modèle à Tivoli dans les jardins de la Ville d’Este. Quant aux deux colombes qui volettent devant la colonne de gauche, elles sont le symbole discret et charmant de l’union prochaine des deux amants.

Jean-Pierre Saint-Ours, Psyché enlevée du Festin des Dieux par l’Amour pour l’approcher de son lit de noces, 1785.  Huile sur bois, 35,8 x 40,2 cm. Collection privée ©MAH, photo: P. Schälchli

Jean-Pierre Saint-Ours, Psyché enlevée du Festin des Dieux par l’Amour pour l’approcher de son lit de noces, 1785. Huile sur bois, 35,8 x 40,2 cm. Collection privée ©MAH, photo: P. Schälchli

Commande du prince Altieri

Apparemment ce sujet avait plu, puisque lorsque Saint-Ours reçut commande d’un dessus-de-porte en 1789 de la part du prince Altieri, il lui présenta vraisemblablement ce tableau ainsi qu’un dessin «qui représentait Psiché enlevée du Festin des Dieux par l’amour, p. l’aprocher de Son lit de noces», selon l’évocation qu’en fait l’artiste dans son Autobiographie. Il convenait en effet de décorer la salle pompéienne du palais Altieri à l’occasion du mariage du commanditaire, désireux certainement de rivaliser avec la loggia décorée par Raphaël et ses élèves à la Farnésine (début du XVIe siècle) sur le thème d’Amour et Psyché. Ce tableau, achevé par Saint-Ours en 1791, devait faire pendant à un tableau de son confrère Bénigne Gagnereaux (1756-1795), Psyché réveillée par l’Amour (Associazione Bancaria Italiana). Il n’est actuellement connu que par une aquarelle de Felice Giani (1785-1823) (New York, Cooper Hewitt Museum), autre protagoniste du décor de la chambre princière, dont il dirigeait l’ordonnance. Le succès de cette composition fut tel que Saint-Ours en réalisera plusieurs versions, dont celle peinte pour Jean-François Thélusson, une «répétition» datée de 1793, aujourd’hui au Los Angeles County Museum of Art.

Jean-Pierre Saint-Ours, Psyché enlevée du Festin des Dieux par l’Amour pour l’approcher de son lit de noces, 1791. Crayon de graphite, plume et pinceau à l’encre brune, lavis à l'encre brune, gouache blanche, sur papier brunâtre, 32 x 40 cm.  ©MAH, photo: Y. Siza, inv. 1915-0094

Jean-Pierre Saint-Ours, Psyché enlevée du Festin des Dieux par l’Amour pour l’approcher de son lit de noces, 1791. Crayon de graphite, plume et pinceau à l’encre brune, lavis à l’encre brune,
gouache blanche, 32 x 40 cm. ©MAH, photo: Y. Siza, inv. 1915-0094

Parmi les influences dont bénéficia Saint-Ours, on peut déceler celle de son ami et
« maître d’élection » François-André Vincent (1746-1816) qui, dans son morceau de réception à l’Académie, L’Enlèvement d’Orythie, terminé en avril 1782, mais précédé d’études que Saint-Ours a pu voir à Paris, joue de la même grâce tourbillonnante dans l’enlacement des personnages, du même raffinement nacré dans le jeu des nuages, de la même intelligence pour la transcription d’une fable antique. Les deux artistes, encore imprégnés du style de Fragonard, ont su créer deux œuvres qui rejoignent en intensité l’éternel baiser immortalisé par Canova dans sa sculpture d’Amour et Psyché.

 

Ce texte de Jean-Marie Marquis est tiré de l’album Jean-Pierre Saint-Ours. Un peintre genevois dans l’Europe des Lumières, paru à l’occasion de l’exposition qui se tient au Musée d’art et d’histoire jusqu’au 28 février.

 

 

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