À bonne école !

Les Promotions dans les collections du Musée d’art et d’histoire.

La dernière semaine d’école est arrivée à Genève!
Aujourd’hui mercredi 28 juin 2017, ne vous étonnez pas d’avoir vu surgir par centaines des petits monstres d’écoles enfantines, réunis sur la promenade de Saint-Antoine pour célébrer la Fête des écoles et leurs promotions aux degrés supérieurs.

Des monstres, ces gentils bambins. Vraiment? Par le déguisement en tout cas. Peut-être inspirés par les visites «Mythes et Monstres» proposées dans les collections antiques de du Musée d’art et d’histoire, les enfants ont choisi cette thématique au terme d’une consultation menée auprès de tous les degrés primaires (1P-4P). Nul doute que les tenues, chapeaux et autres accessoires préparés en classes ont produit sur les passants des rues Basses un effet aussi glaçant que celui de la terrible Sekhmet ou du sanguinaire Minotaure sur les jeunes visiteurs de notre institution.

Le défilé des Promotions devant le MAH, mercredi 28 juin, photo: C. Aquillon

Heureusement, ces monstres, comme les thématiques, sont bien éphémères. Ce n’est pas le cas des «Promotions», rebaptisées en «Fête des écoles» en 1998, qui connaissent une histoire beaucoup plus durable. Deux huiles conservées dans nos réserves nous rappellent quelques lointains souvenirs de cette manifestation qui ne fut pas toujours aussi bon enfant qu’on le pense.

Sur les bancs

En 1559, lorsqu’il fonde l’institution pédagogique qui beaucoup plus tard portera son nom, Jean Calvin met en place les premières promotions destinées à récompenser par des prix et médailles les élèves méritants des niveaux primaires et secondaires; cette cérémonie se déroule pour la première fois en 1560. Le 1er mai de cette année, un petit cortège composé des autorités religieuses, politique et judiciaires conduit alors les jeunes étudiants du collège à la cathédrale Saint-Pierre.

Frank-Edouard Lossier (1852-1825), élève de Barthélémy Menn et grand amateur de scènes historiques, illustre en 1884 ces Premières promotions à Saint-Pierre. Dans une atmosphère austère et sombre à peine troublée par les bas rouges de quelques enfants et les chausses chapelées d’un homme barbu à droite, Calvin, modérateur de la Compagnie des pasteurs, bénit l’assemblée de ses mains. Au bas de la chaire, on reconnait des professeurs, régents et conseillers, ainsi qu’un huissier vêtu d’une livrée grise et noire aux couleurs de la république.

Frank-Edouard Lossier (1852 – 1925), Premières promotions à Saint-Pierre, 1884 Huile sur toile, 104 x 133 cm ©MAH, inv. 1884-0009

L’Ordre du Collège de Genève, daté de 1559 et conservé au Archives d’État de Genève, détaille précisément, au paragraphe «Des promotions» le déroulement de la cérémonie:
«Que le premier jour de mai (à moins qu’il se rencontrât en un Dimanche: car en tel cas l’acte se remettra au lendemain) tout le Collège s’assemble au temple de Saint-Pierre. Que là soit présent aussi (s’il semble bon à Messieurs) l’un des Seigneurs Syndics ou Conseillers, avec les Ministres et Professeurs, le Principal et les Régents. En la présence desquels le Recteur fera quelque brève harangue pour recommander l’observation de ces lois qui là seront récitées publiquement en la présence de toute la compagnie. Et après que de chacune classe les deux qu’on aura jugés les plus diligents et savants, soient là présentés, pour recevoir de la main du Seigneur Syndic ou Conseiller qui assistera, quelque petite étrenne, de tel prix qu’il plaira à Messieurs: et en la prenant qu’ils remercient Messieurs avec révérence. Lors après que le Recteur aura en peu de paroles loué ces écoliers, pour leur donner meilleur courage, et afin que les autres à l’exemple de ceux-là soient incités à bien étudier. Si les écoliers de la première et seconde classe ont quelque poésie ou autre écrit à réciter devant toute la compagnie: qu’ils le fassent avec honnêteté et révérence. Et puis le Recteur ayant remercié l’assemblée, et les prières étant faites, chacun s’en ira. Que ce jour-là, il y ait vacations pour tout le Collège.»

Jules Hébert, Genève, les premières promotions, XIXe s. Lithographie sur papier, 12,4 x 16,6 cm, ©Bibliothèque de Genève, inv. VG 2250

Côté jardin

En 1884, l’année où Lossier nous montre ses vieilles promotions historiques, le cortège des jeunes écoliers a déjà déserté les bancs de la cathédrale depuis une trentaine d’année et changé d’itinéraire pour gagner désormais le Plaine de Plainpalais et les réjouissances qui y sont financées par le Ville de Genève. D’après les fonds du DIP épluchés et valorisés par leur archiviste Chantal Renevey Fry, le premier cortège dans les rues Basses prend forme en 1886. À cette époque et jusqu’en 1965, les enfants sont alors réunis au Jardin Anglais, également appelé Promenade du Lac. Destinées à la Mairie de Plainpalais, Les Promotions – qui portent également le nom de Fêtes des écoles au Jardin Anglais dans le catalogue Rath de 1904 –, témoignent de ces changements.

Simon Durand (1838 – 1896), Les Promotions, 1887. Huile sur toile, 149 x 215 cm, Don de Mme Bouffier-Diday, 1891 ©MAH, inv. 1891-0014

Peint par un autre élève de Barthélémy Menn, le Carougeois Simon Durant (1838-1896), ce panneau décoratif montre une scène de vie civile estivale. Les coteaux de Cologny, la rade et une barque à voile latine y servent d’horizon. Au premier plan, un jardin public offre la fraîcheur de ses ombrages. Dans ce cadre, une classe de petites filles en robes légères et à chapeaux à fleurs s’égayent sous l’œil de quelques musiciens d’une fanfare militaire en uniformes bleus à cols rouges.

L’heure des vacances a sonné !

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l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

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