Courbet, la Commune et l’exil

Véritable événement s’inscrivant dans la «Saison Courbet» proposée conjointement par le Musée d’art et d’histoire et la Fondation Beyeler à Riehen, l’exposition Gustave Courbet. Les années suisses présentée au Musée Rath se concentre sur les quatre dernières années de Gustave Courbet, qui vit en Suisse, à la Tour-de-Peilz, de 1873 jusqu’à sa mort, le 31 décembre 1877.

Pourquoi l’artiste, qui a bouleversé la peinture française et européenne, vient-il s’installer sur les bords du Lac Léman? Pour comprendre son exil, il faut se replonger dans la période troublée que connaît la France en 1870 et 1871. Durant la guerre contre la Prusse, Napoléon III est fait prisonnier et la troisième République est proclamée. Ce nouveau gouvernement quitte la capitale assiégée et entérine la défaite française par la signature d’un armistice. Le peuple de Paris, exsangue après un siège de quatre mois, refuse de rendre les armes et s’insurge contre le gouvernement, déclenchant l’expérience de la Commune. Courbet, fervent républicain, prend fait et cause pour le mouvement révolutionnaire.

Il est élu président de la fédération des artistes, nommé conseiller municipal du 6e arrondissement et délégué aux Beaux-Arts. Le 16 mai 1871, Courbet assiste à un événement qui marque lourdement son destin: l’abattage de la colonne Vendôme, monument érigé par Napoléon pour commémorer la bataille d’Austerlitz, que la Commune considère comme un «monument de barbarie».

Après deux mois d’existence et une répression connue sous le nom de «semaine sanglante», la Commune est écrasée par le gouvernement le 28 mai 1871. Pour Courbet, jugé pour sa participation à la Commune, débute alors une période extrêmement pénible. Il fait face à l’emprisonnement, à une santé défaillante et à l’opprobre public.

Contraint de fuir

En mai 1873, le gouvernement décide le rétablissement de la colonne Vendôme. Courbet est accusé d’être l’instigateur de son abattage, alors même qu’il avait préconisé son déplacement aux Invalides, et on décide de lui faire payer la totalité des frais de sa reconstruction, une somme colossale. Ses biens sont mis sous séquestre et il craint de retourner en prison. Il tente de sauver le maximum de ses avoirs et décide de se protéger en s’exilant en Suisse.

Ces années d’exil sont particulières dans la vie et la carrière du peintre, souvent négligées par les historiens d’art. On a souvent prétendu qu’il ne produisait alors plus rien de bien. Emile Zola n’écrit-il pas, en 1875: «Pour Courbet, qui a eu la bêtise impardonnable de se compromettre dans une révolte où il n’avait aucune raison de se fourrer, c’est comme s’il n’existait pas, il vit quelque part en Suisse. Voici trois ans déjà qu’il ne donne rien de neuf.» Pourtant, l’artiste continue à être actif. Il peint, expose ici et là des œuvres anciennes ou des productions récentes, rencontre beaucoup de monde et s’intéresse particulièrement à la vie artistique et politique de son pays d’adoption.

C’est ce dynamisme que l’exposition veut mettre en lumière, à travers un choix de septante œuvres, peintes en Suisse ou emportées dans son exil. Elles témoignent indubitablement que Courbet amorce une passionnante renaissance

Texte rédigé en collaboration avec David Matthey, Loyse Graf et Françoise Vallet

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Une réponse à Courbet, la Commune et l’exil

  1. avatar Favrelle Anne dit :

    Magnifique exposition Courbet. Dommage que les cartels soiennt en police 8, gris foncé sur fond gris clair dans la pénombre. Quelle tristesse de voir tous ces gens courbés le nez collé contre le mur essayant despérément de lire la date de l’oeuvre et sa provenance.
    Un cartel doit pouvoir se lire quand il est posé a terre et que l’on est debout sur une chaise (cad environ 2m de distance). Je comprends que l’éclairage est une agression pour les oeuvres et que la pénombre est une nécessité mais il faut alors adapter le materiel.
    Félicitation pour cette expo mais par pitié pour nos yeux faites un effort d’ergonomie !

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